dimanche, avril 15, 2007

Ce que j’aurai aimé entendre pendant cette triste campagne…

La campagne touche à sa fin… ouf, enfin ! Quelle étrange sensation pour quelqu’un qui s’intéresse généralement beaucoup à la politique. Pourtant, j’attendais certains débats, qui n’ont jamais eu lieu… Je vais donc essayer de résumer ce sur quoi je pense qu’il aurai fallu débattre.

La gouvernance internationale.

Le premier point sur lequel le silence est assourdissant, c’est le problème international. On nous parle d’environnement, d’économie, de social, de commerce, de productivité, de croissance, de sécurité, d’immigration et un peu d’Europe. Pourtant, tous ces sujets, y compris le dernier n’ont plus leur place dans le débat politique national, si ce n’est à travers le prisme de la question fondamentale de la gouvernance internationale et de la fin de la souveraineté nationale. Pas un expert qui me contredirait, pas un politique non plus je pense, à l’exception des extrémistes : sur tous ces sujets, la France seule ne compte pas, les solutions existent au niveau européen ou mondial. Pourtant, pas un débat sur la réforme de l’ONU, une suite de déclarations démagogiques et politiciennes sur la question européenne, pas un mot sur la proposition, pourtant présidentielle, d’une ONU de l’écologie… en somme, comme trop souvent les politiques passent à côté de l’essentiel et s’étripent sur les détails.

Il est invraisemblable de constater que, in fine, sur toutes les questions qui dominent le débat politique contemporain, les propositions politiques sont, a priori, vouées à l’échec car elles ne s’attaquent pas au cœur du problème. Les positions des candidats se limitent donc apparemment à une sorte de continuité avec la politique chiraquienne, invisibilité européenne ponctuée de coup d’éclats sans suite comme les prises de positions répétés de la diplomatie française en faveur d’un fantomatique multilatéralisme que la France s’efforce de torpiller dès qu’elle le peut.

Il aurait fallu être véritablement naïf pour croire que la question européenne allait être au centre du débat. Après le débat souvent surréaliste du référendum, il était normal que les candidats se concentrent sur des sujets moins controversé et plus « porteur » électoralement. Mais oublier à ce point le fait que la France est aujourd’hui un nain politique, une grenouille qui se prend pour un bœuf, dans un monde en pleine mutation, me parait être particulièrement inquiétant.

L’impact technologique.

Que dire également de la question de l’impact des nouvelles technologies sur notre vie quotidienne et notre société. Je ne fais pas ici uniquement référence aux technologies de l’information et de la communication mais au développement de la science et de la technique en général. La encore, le silence est assourdissant. Sur les OGM, la question énergétique, la transformation du vivant, le développement de la bionique… silence. Un Nouvel Homme se prépare et on nous demande de ressortir le drapeau français et de se draper dans notre identité vieille de quelques siècles.

Nos candidats sentent la naphtaline et se prennent pour des prophètes. Mais il serait bon de se souvenir que les prophètes sentaient le vieillot, et que leurs barbes poussiéreuses n’avaient rien de modernes, tout comme les rengaines des présidentiables sont usées. Ah, oui, j’oubliais. D’une chose, on nous a parlé, de cette fameuse question écologique. Mais là encore, la vieille écologie à la papa, magnifiquement représentée par le gourou TF1 – alter ego verdâtre de notre PPDA national – n’est en rien une solution au défi de demain. Je me souviens encore de mes 10 ans, quand ma maîtresse d’école m’avait appris à fermer le robinet pendant que je me brossais les dents. J’espérais, en grandissant, que l’on me prendrai pour quelqu’un de quelque peu responsable et raisonnable. Encore une fois, je me montrais trop optimiste.

Les mœurs et la morale publique.

Enfin, le dernier point sur lequel il m’aurait plu de les entendre, et peut être les ai-je entendu mais ai-je fait mine d’oublier, c’est la question morale. Nos sociétés n’ont visiblement pas digéré la révolution sexuelle, les vieux modèles explosent mais ne sont pas remplacé, nos sociétés ne se sont pas non plus adaptées à une vision de l’individu responsable, libre de ses choix. On continue à nous traiter comme des enfants (ne touche pas à ceci, ne t’approche pas de cela….), oubliant que finalement c’est notre propre capacité de choix qui déterminera in fine la moralité de notre existence.

Mais là également, les vieux discours ressortent du placard. Le mariage reste au cœur du modèle bien qu’il soit fissuré de toute part et que l’on se marie en pensant au divorce, l’homosexualité reste tabou et on continue à la préférer cachée (sauf pour l’extrémiste de la droite modérée qui la considère génétique), la libération des mœurs demeure inconcevable dans une société qui préfère s’occuper à voiler les jeunes filles, l’intégration culturelle se heurte au relativisme généralisé qui accepte tout mais permet aussi de construire des murs insurmontables tout autant qu’imaginaires entre nous et les Autres.

Franchement de cette politique qui veut reconstruire ce que des années de lutte pour l’émancipation ont permis de mettre à mal, je n’en veux pas, et je crois ne pas être le seul.

Les tracts de fin de campagne sont affligeants. A droite, on relance la rengaine autoritaire, on ressort le triptyque qui a fait les beaux jours de la droite la plus nationaliste du monde, déliquance-immigration-autorité, la politique papa, et à gauche on nous la joue compassionnelle, usant encore et encore de ces formules fameuses de la gauche la plus bête du monde, service public-anti-libéralisme-nationalisme, la politique maman. Seulement voila, une mère et un père, on en a tous eu, et personnellement je n’ai pas besoin de les remplacer par des bouffons télévisuels. Ils ont si bien travaillé qu’aujourd’hui j’ai l’impression d'être suffisamment grand pour faire et assumer seul mes choix individuels.

Ce qui m’afflige c’est de savoir que dimanche prochain nous serons nombreux à nous rendre (ou pas) aux urnes avec cette déception dans le cœur et ce sentiment d’urgence. Et je ne suis pas sur que tous ceux qui ressentiront cette gène tenace feront un choix très responsable. Je ne leur jette pas la pierre. Mais que tout ceci est affligeant, au XXIème siècle…