mercredi, juillet 18, 2007

Le sumbolon ne sumbalein plus rien

Un romain en perdrait son latin. Il y a quelques semaines, alors que les gouvernements européens décidaient lâchement d’abandonner l’objectif constitutionnel européen et donc le retrait de toute référence aux symboles de l’Union dans les texte européens, beaucoup de proeuropéens distraits nous rassuraient en expliquant doctement que cela n’avait qu’une importance toute relative puisqu’il s’agissait simplement de symboles…

Depuis dimanche au contraire, beaucoup de ces mêmes proeuropéens distraits se réjouissent de voir défiler les armées des pays européens sur les Champs Elysées, en nous expliquant, toujours doctement, toute l’utilité de ce symbole fort. Puis, sont venus les drapeaux, au quai d’Orsay d’abord, reprenant la symbolique de la photo présidentielle, et aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Tous ces symboles sont allègrement salués par les proeuropéens, toutes tendances confondues.

Alors, il semblerait que dans un cas nous ne devrions ne pas nous inquiéter de la disparition des symboles, dans l’autre nous devrions au contraire nous réjouir de la portée symbolique d’un défilé militaire ou de l’affichage du drapeau étoilé. Face à cette position pour le moins virevoltante au sujet des symboles je reste perplexe.

Revenons sur la signification du mot. Le mot symbole dérive du grec sumbolon qui dérive du verbe sumbalein signifiant « mettre ensemble », « joindre », « comparer », « échanger », « se rencontrer », « expliquer ». En fait le « sumbolon » était constitué des deux morceaux d'un même objet brisé. Le sumbolon était utilisé pour montrer que l’on s’engageait dans un contrat. Chaque partie recevait un des morceaux. Il s’agissait alors de symboliser son engagement. Par la suite d’autres objets, comme l’alliance, ou même des gestes, comme la poignée de main, ont pu remplacer le sumbolon, tout en remplissant cette fonction de représentation. Le symbole n’est donc pas quelque chose de superflu, il est au contraire un élément nécessaire de toute communauté organisée puisqu’il représente l’institution la plus fondamentale de toute communauté humaine, la capacité de s’engager.

Reprenant ce sens étymologique, il apparaît évident que les symboles de l’Union européenne conservent cette valeur de représentation d’un engagement. Il s’agit, par les symboles européens, de représenter l’engagement des Etats européens à faire partie d’une Union plus grande. A l’inverse le choix délibéré, accepté de façon incompréhensible par des gouvernements qui se qualifient de proeuropéens, de retirer les symbole,s signifie naturellement une volonté de revenir sur cet engagement. Il s’agit pour les Etats européens d’aller récupérer le tesson du sumbolon, en oubliant ainsi leur engagement.

Pourtant, parallèlement à ce choix dramatique, les symboles sont utilisés de façon ostentatoire par le gouvernement français. Il s’agit, après avoir retiré la moitié du sumbolon des mains de l’Union, d’en faire un usage nouveau. Le sumbolon qui était alors partagé, entre une souveraineté nationale et une souveraineté européenne, n’est plus que dans les mains des Etats, ceux-ci peuvent jouer avec, le montrer entier ou le diviser pour n’en garder qu’une moitié et faire disparaitre l’autre moitié. Le sens de l’usage actuel des symboles européens est donc celui-ci. Désormais, ils appartiennent aux Nations, l’Europe n’existe que par leur bonne volonté, les Nations ont les deux morceaux du sumbolon, elles peuvent l’exhiber pour faire plaisir au bon peuple, ou le cacher si elles le trouvent trop encombrant. Le sumbolon ne sumbalein plus rien, il n’est plus qu’un tesson sans valeur, ayant perdu sa capacité à représenter un rêve, un avenir, un engagement. Ainsi, sans l’engagement, le symbole n’existe plus.