lundi, août 27, 2007

L’Europe n’a pas besoin de sages mais de courage et de démocratie !

On dirait une énième boutade de notre hyperactif président. Il faut au plus vite une réunion de « sages » pour discuter de l’avenir de l’Union. L’idée pourrait sembler intéressante. Le seul problème est que si vous vous amusez à taper « comité de sages » sur le moteur de recherche du portail de l’UE, « Europa », vous trouverez cette liste :

«Groupe Michalski» sur les dimensions spirituelle et culturelle de l'Europe:

  • Kurt Biedenkopf, ministre-président du Land de Saxe (jusqu'en avril 2002); professeur de droit, Allemagne
  • Silvio Ferrari, professeur de droit constitutionnel, Università degli Studi di Milano, Italie
  • Jean-Claude Eeckhout, conseiller du Président de la Commission européenne
  • Bronislaw Geremek, professeur d'histoire européenne, Collège d'Europe; ancien ministre polonais des affaires étrangères, Pologne
  • Will Hutton, PDG de la Work Foundation, Royaume-Uni
  • Krzysztof Michalski, professeur de philosophie à l'université de Varsovie et à l'université de Boston; recteur de l'institut des sciences humaines, Vienne, Autriche
  • Romano Prodi, Président de la Commission européenne
  • Alberto Quadrio Curzio, professeur d'économie politique, doyen de la faculté des sciences politiques, Universita' Cattolica di Milano, Italie
  • Michel Rocard, président de la commission de la culture du Parlement européen; ancien premier ministre français
  • Simone Veil, membre de la Cour constitutionnelle française; ancienne présidente du Parlement européen, France
Groupe "Un projet durable pour une société européenne"
  • Président : Dominique Strauss Kahn, ancien ministre des finances, France
  • Magda Aelvoet, ancienne ministre de l’environnement, Belgique
  • Isabel Aguilera Directrice générale opérationnelle de NH Hotels, Espagne
  • Dora Bakoyanni, Maire d’Athènes, Grèce
  • Tito Boeri, Economiste, Italie
  • Bronislaw Geremek, ancien ministre des affaires étrangères, Pologne
  • Jürgen Habermas, philosophe, Allemagne
  • Lord Simon, ancien PDG British Petroleum, Royaume Uni
  • Nicole Notat, syndicaliste, France
  • Alojz Peterle, ancien premier ministre, Slovénie
  • Karl-Henrik Robert, cancérologue, Suède
  • José Saramago, écrivain, Portugal
  • Hans Tietmeyer, ancien gouverneur de la banque centrale allemande, Allemagne.

Ces deux listes correspondent à la composition de deux groupes de sages réunis en 2003 par le Président de la Commission Prodi afin justement de réfléchir à l’avenir de l’Union.

En outre, la Commission est dotée d’un Bureau des conseillers de politiques européennes, regroupant une multitude d'experts chargés de réfléchir à d’éventuelles réformes.

Il est également utile de mentionner l’immense travail réalisé par la Convention européenne qui a rédigé le Traité Constitutionnel européen. La Convention a en effet écouté des représentants de la société civile européenne, du monde de la culture, des sciences, ect, ect…

Bref, depuis plusieurs années maintenant, les cellules grises de bons nombres de spécialistes et experts se sont agitées pour essayer de donner un avenir à l’Union. Sur quoi devrons donc réfléchir nos nouveaux sages ? S’agit-il de refaire le travail bien fait par leurs homologues il y a trois ans ? La situation a-t-elle tant évolué qu’il est nécessaire de les faire re-réfléchir ? Si on convoque de telles réunions tous les deux ans, est-ce vraiment utile de les faire réfléchir à long terme ?

Nous aimerions comprendre. Le président est-il si ignorant des affaires européennes qu’il ne connait pas ces rapports ? Ou s’en fiche-t-il totalement et cette annonce ne correspond finalement qu’à un besoin d’être toujours sur le devant de la scène quitte à dire n’importe quoi et à proposer des choses déjà faites ?

Enfin, une dernière question, probablement plus grave encore. L’Union a-t-elle vraiment besoin de ces sages ? Difficile à dire. Les contours d’une Europe pour le vingt et unième siècle ont finalement été dessiné efficacement dés le début de la construction communautaire. Le modèle imaginé par les pères fondateurs et qui n’a jamais été réalisé semble en effet toujours pertinent, et à défaut de l’avoir essayé il est difficile de le rejeter. En somme, ce dont l’Europe a besoin ce n’est pas d’une direction, qui a été mainte fois esquissée et qui continuera à diviser les européens entre tenants d’une zone de libre échange et tenants d’une Union fédérale. Ce qui manque à l’Union c’est le courage politique de choisir, enfin, l’un des deux modèles.

Et s’il est normal que les Chefs d’Etat et de gouvernements ne se sentent pas le courage, ou la légitimité, de faire ce choix, alors c’est aux citoyens européens de le faire. Les sages ont déjà parlé, maintenant c’est à la démocratie de s’exprimer. Il est remarquable de noter que les premiers actes européens du président français sont tous allés dans le sens contraire avec un renforcement inquiétant de l’intergouvernementalisme et un retour en force de la diplomatie…

4 Comments:

Anonymous KPM said...

Excellent article !

12:13 AM  
Blogger jmfayard said...

Bien dit !

Pour info, un commentaire que j'ai posté chez Jean Quatremer :

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Hi hi, j'ai trouvé une citation rigolote dans les discours de campagne du candidat :

++ Je propose que l’on supprime tous les organismes, toutes les commissions, tous les comités, tous les observatoires qui ne servent à rien, et qu’on continue de créer à tour de bras pour satisfaire des clientèles ou pour faire croire qu’on est décidé à s’attaquer à des problèmes qu’en réalité on ne veut pas résoudre. ++

Nicolas Sarkozy

Combien en a t'il créé depuis ?

10:28 AM  
Blogger D. S. said...

oui, j'ai lu votre commentaire JM. Bien vu. Quatremer manque bizarrement de discernement à propos des actes de Sarkozy. Je crois que c'est un syndrome normal de journaliste honnête confronté à un phénomène politique nouveau qu'il n'ose interpréter comme il le voudrait (de populiste) par peur de paraitre trop systématiquement critique et élitiste. La presse italienne s'est effondrée pendant les années Berlusconi à cause d'un phénomène similaire. amicalement, david

6:46 PM  
Blogger Frederic said...

Cher David, comme tu le soulignes justement, la vraie question avec la création d'un enième comité de sages est de savoir si cela est vraiment nécessaire. Les défis de l'Europe sont archi-connus et de longue date! Relisez donc le rapport de Léo Tindemans sur l'Union européenne (1975): les constats faits, les blocages dénoncés demeurent toujours valables... Autre question: pourquoi A. Merkel a validé cette idée? Pour comprendre, reprenons un peu de champ. Lors de la campagne présidentielle, N. Sarkozy envisageait l'avenir de l'Union comme un mouvement en 2 temps: 1) adoption d'un traité simplifié intégrant les innovations institutionnelles de feue la Constitution européenne; 2)mise à profit des élections européennes de 2009 pour engager un vaste débat sur l'adoption d'un texte de référence devant sceller "la dimension fondamentalement politique de la construction européenne" (discours de Bxl, 8.IX.06). Ce texte devrait trancher la question de la composition de la Commission, des frontières, des compétences laissées à l'UE. L'intérêt: écarter les critiques sur le fait que le traité modificatif serait ratifié par voie parlementaire. Les "vraies questions d'avenir" seraient traitées dans le traité fondamental, qui, lui serait soumis à référendum.
Pour autant, pendant les négociations du traité modificatif, la possibilité d'un traité fondamentale est passée sous silence, histoire de donner un peu de sens à une négociation quand même difficile.

Et maintenant que le projet de traité modificatif est presque bouclé (cf. Gymnish des 7-8 septembre), on peut reparler à nouveau d'un projet de traité fondamental, sans que la question des frontières par exemple ne viennent interférer la question du vote au Conseil.
Et puis (surtout), dans le contexte d'une relation franco-allemande encore fragile, ce comité des sages est une petite concession qui ne coûte rien à A. Merkel ... en échange du rappel à l'ordre (justifié) opéré par le Conseil ECOFIN à propos de l'assainissement budgétaire français à faire non pas en 2012 mais en 2010.
On verra ce qui ressortira de tout ça. Espérons seulement que si comité des sages il y a, ils sachent faire preuve d'audace. Et que, comme tu le rappelles, que la société civile fassent aussi entendre sa voix lors des élections européennes.

8:18 PM  

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